Oseille
Ah! Te revoilà Cigalou, et bien bronzé!
La mine fraîche. Le travail t'a pas tué!
Ce que tu viens quémander je le devine,
puisque devant le travail tu te débines...
Tu n'auras rien. Va chercher à pôle emploi,
RSA, APL et tu veux encore quoi ?
Cigalou
Mais Dame Oseille, ne sois pas injuste,
du travail et du repos je m'en ajuste.
Sauf que l'hiver mes cordes vocales sont fragiles
et bosser en pleine chaleur n'est pas facile.
Oseille
Bosser, bosser écoutez le ce prétentieux.
A l'entendre on croirait qu'il bosse comme deux.
Ah quel incivisme et quelle insouciance!
Chanter ! Comme si c'est un métier, pauvre France !
Écarter le travail au profit des loisirs,
et nous, pauvres fourmis, nous devons vous nourrir.
Cigalou
Mais la vie d'aujourd'hui n'est pas que le boulot,
ceux qui s'y acharnent perdent le ciboulot.
Ils stressent et dépriment, pour des clopinettes.
Vont au boulot, par le froid, en trottinette.
Pour vous les gens nantis, aucune compassion,
votre souci de riches reste le pognon.
Oseille
Ah je t'en prie Cigalou, j'ai travaillé MOI
jour et nuit... et de ça, en as tu un émoi ?
Soulever des charges qui font trois fois mon poids,
alors que de vos jours lever un petit pois...
vous rebute... Pour vous il faudrait être trois.
Cigalou
Et voilà! Toujours dans cette exagération,
aucune empathie, tu nous prends pour des pions.
Au gré de vos ambitions on nous déplace,
quand la bourse indique les bonnes places.
Oseille
Hé! Je ne fais que défendre mes intérêts.
Je gère mon argent, je place mes billets.
Chacun à sa place, on vous donne un emploi,
ne soyez pas plus royalistes que le roi.
Cigalou
Tu amasses, pleine est ta gibecière,
avec un capital de dix fourmilières.
Et pas des moindres, excusez... rue de la paix,
avenue Foch, ce n'est pour personne un secret.
Oseille
A suer sang et eau dans mon fourmillement,
J'ai toujours gagné ma vie très honnêtement..
Cigalou
Stop! et stop! A l' honnêteté tu fais juron,
toute ta vie tu as sucé les pucerons,
tu les as exploités à voler leur sucre,
ayant but que le fric et le goût du lucre.
Pucerons africains ou bien de Malaisie,
c'est bien par leurs labeurs que tu t'es enrichi.
Oseille
Tu écoutes un peu trop ces médias infâmes
Tous ces complotistes qui récitent leurs gammes.
Cigalou
A rester jour et nuit la tête dans le guidon,
tu ignores tout du monde, la pollution,
l'air, de jour en jour devient irrespirable,
l'eau du robinet pour beaucoup imbuvable.
Et tu comptes ton blé, soupèses tes lingots,
mais que feras-tu quand il n'y aura plus d'eau?
Je me dois, pour éclairer VOTRE lanterne
de parodier la fable de La Fontaine.
Vous amassiez! J'en suis fort aise!
Et bien crevez maintenant.
Voici notre triste sort,
Et celui de nos enfants.
Allez... sur tes lingots... dors.
© Jean-Luc BLANCO